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Conscious Quitting : le phénomène qui affole l’univers du recrutement

Un article tiré du magazine Social Actif

 

Comment réagiraient des salariés de 18-24 ans face à des discriminations de genre et d’origine ? 92% d’entre eux seraient prêts  démissionner sans hésiter. Si leur entreprise n’avait pas amorcé aucune démarche en faveur de la préservation environnementale, 75% issus de la même tranche d’âge imiteraient les premiers. Et plus de la moitié prendrait sans détour la porte, en cas d’absence de sens moral et éthique de la part de leur entreprise*. A bon entendeur…

 

La soif d’un monde meilleur… C’est ainsi que Dan Guez, cofondateur du groupe expert en sourcing digital et e-recrutement Open-Sourcing, interprète le conscious quitting. Un phénomène prenant sa source dans le monde anglophone, à l’instar du « big quit », « silent quit »

Ainsi, au Royaume-Uni et aux États-Unis, 30ù des jeunes salarés ont décidé d’adopter le conscious quitting, révèle le baromètre du cabinet Opinium, publié en février 2023. La France n’est pas en reste. Le collectif, Pour un réveil écologique, rassemblant 30 000 étudiants et jeunes diplômés « engagés pour des employeurs et des formations à la heuteur des enjeux écologiques » exhorte les entreprises à prendre un vrai virage vert, sous peine de subir une énième pénurie de nouveaux talents. Et gare au greenwashing ! Le réseau d’anciens élèves, Alumni for the Planet, associations des « diplômés qui s’engagent et agissent pour le climat en l’environnement », maintient de son côté la pression sur les entreprises.

 

On comprend alors qu’une expérience déceptive pour ces jeunes, ayant fait de la questions environnementale et sociale un cheval de bataille, aboutisse à un départ jugé inopiné par l’entreprise épinglée par ces salariés engagés.

A noter que le conscious quitting pourrait bien être précédé d’un signe avant-coureur décrypté dans le baromètre sur l’absentéisme du secteur privé, édition 2023 : « Face à l’accélération de l’absentéisme, l’engagement, voire le réengagement, ainsi que la fidélisation seront les grands défis à relever pour les entreprises. Ces dernières devront faire évoluer le modèle de la relation entreprise-collaborateur pour répondre aux attentes des nouvelles générations en matière de partage de la valeur, d’impact social et environnemental, d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, de fléxibilité du travail et de management », alerte Noémie Marciano, directrice Placement & Actuariat Health & Benefits chez WRW France, fournisseur de solutions fondées sur les données et compétences d’experts dans les domaines des assurances de personnes, du risque d’entreprise et du capital humain.

 

Social, le graal des jeunes générations

La tendance au conscious quitting s’est, en outre, vérifiée dans les résultats d’une étude Viavoice menée pour l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES). Les valeurs défendues par l’entreprise sont indéniablement citées en premiers critères par les plus jeunes de 18 à 34 ans. Tout comme les posts qui s’avèrent utiles à la société en produisant des produits, des services allant dans ce sens. La part belle est faite de surcroît à ceux qui contribuent à aider leurs concitoyens en difficulté ou qui ont un impact positif sur l’environnement. « On constate donc qu’un salarié sur quatre préfère ne pas travailler dans une entreprise dont l’impact social et environnemental n’est pas en phase avec ses valeurs (…). On en déduit que les employeurs les plus attractifs sont ceux qui ont travaillé leur raison d’être et leurs missions sociales et environnementales », soulignait Hugues Vidor, président de l’UDES, lors du point presse du 21 mars 2023, faisant état des résultats de l’enquête.

 

 

Certaines entreprises ont parfaitement compris l’intérêt de jouer la carte de l’inclusion sociale. C’est le cas de OuiLive, jeune pépite française des secteurs RH et RSE (1.5 M€ de CA, 450 entreprises clientes, 2 500 000€ reversés à plus de 150 projets d’impact). La jeune poussée s’est rapprochée de l’enseigne Café Joyeux, famille de cafés-restaurants employant et formant des personnes en situation de handicap mental et cognitif (15 cafés-restaurants, 129 équipiers joyeux embauchés et formés, + de 400 000 clients), pour organiser une grande soirée évènement, le 8 novembre dernier, à Paris. Dédié à la diversité, l’inclusion et l’impact positif que peuvent avoir les entreprises sur de grands enjeux de société, l’évènement s’est tenu au Café Joyeux Champs-Élysées, de 20 heures à 22 heures 30. Parmis les invités, de nombreux partenaires et mécènes de OuiLive et Café Joyeux pour un show dédié à l’impact durable et à la joie de le créer. Les 2 entreprises avaient quelques mois plus tôt mis sur pied le challenge « Semaine de la Joie ». Les collaborateurs des 72 entreprises participantes ont relevé pendant 12 jours des défis sportifs ayant permis de financer la formation d’une nouvelle promotion d’apprentis Café Joyeux en situation de handicap. Avec la participation de parrains prestigieux, dont l’humoriste, Pascal Légitimus, et le skipper, Nicolas D’Estais, la manifestation a recensé plus de 6000 participants, près de 350 millions de pas effectués et plus de 13 000 contenus photos et vidéos créés pour l’occasion. Nul doute que ces initiatives auront opéré la séduction escomptée sur les jeunes recrues…

Outre les évènements porteurs d’engagement RSE, certains outils peuvent servir la politique d’inclusion et de préservation de l’environnement chère à la génération Z. Mais en aucun cas, ils ne sauraient seuls se substituer au déploiement d’une authentique démarche RSE.

 

Cherche outils pour relation « durable »

Parmi eux : Pidiem qui contribue à augmenter le taux d’emploi des travailleurs handicapés, réduit la contribution Obligation d’emploi de travailleur handicapé (OETH) et la transforme en budget prévention de la santé au travail. Comment ? En aidant les entreprises à accompagner ceux qui, parmi leurs salariés en poste, vivent une situation de handicap et peuvent obtenir une Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). Cette solution permet à l’employeur de mener des actions spécifiques en faveur de ces salariés, et de faire changer le regard sur le handicap dans toute l’entreprise. En 2023, Pidiem a permis à 1225 salariés d’entamer une démarche de reconnaissance de leur handicap dans 30 entreprises. Aujourd’hui, les deux tiers des clients de Pidiem dépassent leur obligation d’emploi de travailleurs handicapés et ont dégagé 5 M€ de budget supplémentaire « Handicap et Santé au travail ».

A noter que toute entreprise de plus de 20 salariés doit employer au moins 6% de personnes en situation de handicap. Mais dans les faits, ce taux plafonnerait à 3.5%. En outre, 1 actif sur 3 est concerné par le handicap. Mais la plupart d’entre eux ne sont pas identifiés. Le handicap coûterait 5000€/an/par travailleur handicapé non déclaré dans l’entreprise.

Fournisseur de machines à café professionnelles premium, Pleyce (6 agences réparties en Auvergne-Rhône-Alpes, Provence-Alpes-Côte d’Azur, ïle-de-France et Nouvelle-Aquitaine, 62 salariés, 7.5 M€ de CA en 2022) a décidé d’intégrer la question environnementale et durable dans sa solution. Désormais, le prestataire offre un service de recyclage du marc de café gratuit aux entreprises clients afin de limiter les déchets. « Et pour 84% des Français, il s’agit d’un geste important permettant de préserver la biodiversité et le climat », selon une étude Madeinvote, cite Pleyce dans son argumentaire.

 

Face aux défis du recrutement et de la fidélisation des talents, les entreprises de toutes tailles et tous secteurs d’activité confondus doivent proposer une politique d’avantages de plus en plus attractive et personnalisée pour répondre aux attentes de leurs collaborateurs. Avec 57% des actif désireux de contribuer aux enjeux de la transition écologique et sociale, 80% des employés escomptant plus de flexibilité sur leur lieu de travail (sources : étude BCG), et le pouvoir d’achat devenue la préoccupation n°1 des Français dans un contexte inflationniste, les besoins en innovation sont toujours plus prégnants. Un progrès qui doit aussi s’inviter à la table du bien-être des salariés. « Les attentes des jeunes collaborateurs ne sont pas les mêmes que celles de la génération précédente. La mobilité est devenue un sujet primordial pour les nouvelles générations, notamment le trajet domicile/travail. Et les employeurs doivent trouver des solutions durables afin d’améliorer leur qualité de vie et de les fidéliser. Sodexo Pass France voit une croissance de la demande de ses clients sur ce sujet et il était important de mettre en place un service sur mesure afin de correspondre aux nouveaux besoins », explique François Piat, expert mobilité chez Sodexo Benefits and Rewards Services.

Mobilité durable, recyclage des déchets, forêt d’entreprise, achats responsables, dotations et produits de finance verte, biodiversité sur site… L’offre proposée aux entreprises est pléthorique et florissante.

Mais ces innovations sont-elles vraiment celles escomptées par la génération Z ? D’autres propositions plus traditionnelles semblent toujours faire recette…

 

Salaire, un levier toujours d’actualité

La récente étude People At Work, menée par le ADP Research Institute auprès des salariés, dans le monde entier, a révélé l’importance de la rémunération et de sa progression. Le contexte économique complexe n’est pas étranger aux aspirations des salariés. « Les directions doivent avant tout mesurer, évaluer les évolutions salariales, les comparer aux années passées, adresser d’éventuelles inégalités en se basant non pas sur des ressentis mais sur des éléments objectifs qui se trouvent dans leur système de paie, indique Calors Fonterlas de Carvalho, président d’ADP en France et en Suisse. A partir des données fiables obtenues par des outils RH efficaces, les employeurs peuvent avoir une visibilité complète sur leur marge de manœuvre eu sein de l’organisation, au besoin complétée par une solution de benchmark des rémunération ». Mais de dernier tempère son propos quand il s’agit de dessiner les contours des aspirations des jeunes collaborateurs.

« Face au défi majeur qui est l’attraction et la rétention des talents, on note que la rémunération n’est pas le seul levier à activer. Les jeunes salariés notamment, mais pas seulement, accordent plus d’importance aujourd’hui à la progression de carrière, à l’épanouissement au travail et surtout à une certaine flexibilité du lieu de travail ! Si le salaire reste un critère majeur, la flexibilité a vraiment de la valeur et ceux qui peuvent travailler depuis chez eux sont plus satisfaits de leur rémunération que ceux qui sont à 100% sur site ». Le président d’ADP Suisse et France exhorte les DRH à prendre en compte les enjeux que représentent l’avancement et les perscpectives d’évolution au sein des organisations. « Les DRH doivent prendre en compte ces enjeux : pour cela, ils ont besoin de plus de temps pour se concentrer davantage sur la gestion des talents, notamment en se libérant d’une partie des tâches administratives et en bénéficiant de solutions adaptées, que ce soit pour la gestion et le suivi des entreprises professionnels, du développement professionnel et de la formation », conclut Carlos Fontelas de Carvalho.

Les experts du recrutement ne sont pas au bout de leur peine. Après le loud/silent quitting, le fire quitting et le conscious quitting, désormais les chefs d’entreprise font face à un autre phénomène qui touche cette fois le monde du recrutement et du marché de l’emploi outre-Rhin, selon Dans Guez. Du jour au lendemain, ces patrons n’ont plus aucune nouvelle de leurs salariés. Place au gosthing ! Comprenez la disparition soudaine de l’employé qui ne passera plus jamais le seuil de l’entreprise ou qui démissionnera avant même d’avoir commencé son nouveau job. Le plus souvent en vue de protester contre ses conditions de travail ou parce qu’un meilleur salaire est proposé ailleurs.

 

Le chiffre « envie d’ailleurs » :

50% des jeunes de 18-34 ans songent à déménager à l’étranger pour de meilleurs opportunités professionnelles, révèle l’enquête de ADP Research Institute, People at Work 2023 : l’étude Wordforce View.

31% soit le pourcentage d’envie d’ailleurs chez les employés de plus de 45 ans (sources : étude People at Work 2023 menée auprès de plus de 32 000 actifs dans 17 pays, dont près de 2000 en France).

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