Faut-il s’enthousiasmer ou se méfier de l’IA ?
Je n’ai pas perçu ce qu’était véritablement l’IA, du moins l’émergence de la « nouvelle IA » qui nous environne depuis 3 ans !
Pour moi, internet, Google, Wikipédia, c’était déjà de l’IA.
J’aimais beaucoup cette phrase disant que « 99% des personnes qui utilisent Google le font pour prouver à l’autre qu’il a tort ! ».
Pour autant, notre PC, notre tablette ou notre téléphone sont devenus de véritables extensions de nous-même pour réaliser une nombre d’actions inimaginables il y a encore 30 ans.
Au point qu’aujourd’hui, la 1ère question posée par nombre d’entre nous lorsque nous arrivons dans un nouvel endroit est « Quel est le code pour le wifi ? », nous n’interrogeons plus pour savoir s’il y a de l’internet, c’est une évidence devenue une commodité au sens du normal.
Qui est le maître, qui est l’esclave ?
J’aurais du me méfier !
Nous pensons tous que la réponse est en notre faveur; las, la dépendance aux écrans nous témoignent du contraire.
Une génération
Lorsque j’étais dans un grand cabinet de conseil, Il m’a été dit un jour par un de mes collègues expert informatique et systèmes d’information que je faisais partie de la génération Française des «digital native» parce que j’avais grandi avec le Minitel dont l’avènement, grâce notamment à la messagerie instantanée, remonte autour de 1984 (je suis né en 1962).
Il disparaîtra définitivement en 2012 avec l’émergence multiplateformes d’internet, apparu vraiment en 1996.
Avant
Il y a encore peu de temps, en utilisant internet (Google, Wikipédia, etc), si la notion d’Intelligence Artificielle existait, elle était encore « à notre main » dans son utilisation : un ou plusieurs mots clés en entrée et des pages qui s’affichaient, une navigation sur les pages proposées, une éventuelle action (achat en ligne, précision ou extension de la requête initiale, etc) puis on continuait à explorer… ou pas.
Que nous utilisions Wikipédia, Pearltrees, ou d’autres applications, la source de ce que l’on trouve est humaine (c’est d’ailleurs précisé) avec la dimension de parti pris et d’opinion qui en découle. À chacun de faire la part des choses, d’être capable d’une certaine objectivité intellectuelle.
Il nous appartient de faire preuve de discernement, de croiser l’information, de passer de l’une à l’autre pour « nourrir notre libre arbitre ».
Déjà là, cela demande donc de ne pas confondre vitesse et précipitation, synthèse et raccourci, fait et opinion.
L’IA nouvelle génération
Et l’IA nouvelle génération dans dans tout cela.
Qu’elle soit « générative » – produire du contenu à partir d’indications plus ou moins précises (le prompt) – ou « aspirative », la « data IA » – capter toutes les données d’un univers (datas d’une organisation, d’un site web, d’une ou plusieurs interviews, …) pour en sortir des informations de toutes sortes selon nos besoins – c’est absolument bluffant ce qui peut en résulter mais aussi parfois déconcertant.
Un basculement
D’où un sentiment personnel qui reste très partagé jusqu’au moment où j’ai participé à une série de webinaires organisés par ma CCI et co-animés par Google.
Une idée majeure en est ressortie pour moi : le but d’utiliser l’IA n’est pas de gagner du temps mais de disposer d’un assistant qui demande à être guidé et contrôlé.
Au point que l’intervenant, en nous présentant une des fonctionnalités de son outil GEMINI (GEMINI Deeper en l’occurrence) a mis en évidence l’immense différence de temps requis, de forme (quantité du contenu livré) et de qualité de la réponse VS usage « classique » à partir du même prompt.
Mon ambivalence autour de l’IA s’éclairait.
Penser
Si j’adhère à la pensée du philosophe ALAIN : « La fonction de penser ne se délègue pas ! », en revanche être assisté tout en produisant l’effort de ne pas se contenter du rendu proposé par l’IA pour le challenger, à croiser et recouper, s’obliger à creuser et apprendre par et pour nous même, utiliser d’autres canaux (oh et si le dictionnaire et les livres avaient toujours de beaux jours devant eux?) rend l’IA enthousiasmante.
D’autant qu’elle, elle apprend en permanence par l’affinement des requêtes et prompts sur les mêmes sujets.
La seule chose qu’elle a encore du mal à faire, c’est faire preuve de morale et d’éthique face à la logique. Pour combien de temps ?
L’effort
Mais le mot est lâché : EFFORT.
S’il est clair que nous avons assez vite capitulé avec l’arrivée du mobile et d’internet, — je me mets dans le lot ne connaissant même pas par cœur le numéro de mobile de mon épouse pour ne donner que ce seul exemple — combien de temps faudra t’il avant que nous cessions de faire l’effort d’apprendre et de penser par nous même avant de solliciter la machine pour nous faire des propositions ?
Mon métier de consultant m’y confronte déjà dans certaines missions.
Entre enthousiasme et méfiance
La question entre l’Enthousiasme et la Méfiance (voire la Défiance) envers l’IA est et reste encore pour un moment le poids du facteur humain.
Si nous nous focalisons uniquement sur la destination (le résultat) et perdons de vue le chemin (le comment), il est à craindre que très vite l’opposition philosophique entre le Déterminisme et le Libre Arbitre nous donne un vainqueur.
Conclusion
Je conclurai cet article en rappelant cette prosopopée attribuée abusivement à Aldous Huxley qui l’aurait écrit dans les années 40 (du siècle dernier).
« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées (cf. les individus de type alpha, béta, gamma). Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle.
Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif.
On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. (cf. le rôle de la drogue et du sexe dans le roman de Huxley).
En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir (la proposition est dans le roman !). »
À vous de jouer avec votre IA favorite autour de prosopopée et de ce texte.
Bonne réflexion !

